Chaque fin d’année, les grands fonds d’investissement spécialisés se prêtent à l’exercice des prédictions pour les douze mois à venir. Chaque année, trois rapports font référence dans le petit monde de la crypto, ceux de Bitwise, a16z (États-Unis) et Hashdex (Brésil). À les lire, un constat s’impose : les usages sont clairement en voie de maturation. On ne parle plus de la crypto à la marge, mais véritablement au cœur du système financier mondial. Une manière de dire que 2025 a bien été une année charnière pour les usages, et que les tendances les plus fortes vont se maintenir. Voici les quatre les plus importantes.
Sommaire
Les “dollars numériques” continueront de gagner du terrain
Les stablecoins forment une catégorie à part dans l’univers des cryptomonnaies. Contrairement au bitcoin, dont le cours peut varier de plusieurs points en quelques heures, ces jetons numériques sont conçus pour maintenir une valeur stable.
Concrètement, un stablecoin comme l’USDT ou l’USDC s’échange en permanence aux alentours d’un dollar, car son émetteur s’engage à détenir des réserves équivalentes en liquidités ou en obligations d’État américaines.
Fin 2025, la capitalisation totale des stablecoins avoisine les 300 milliards de dollars. Les analystes de Hashdex estiment qu’il faut s’attendre à un doublement de ce montant d’ici la fin 2026. Ainsi nous aurions entre 500 et 600 milliards de stablecoins circulant sur les marchés. Deux usages, en particulier, vont nourrir cette dynamique.
Les transferts de fonds et règlements transfrontaliers
Le premier touche aux transferts internationaux. Logique, quand on sait qu’envoyer des stablecoins d’un continent à l’autre prend quelques secondes et coûte quelques centimes. Là où un virement bancaire classique peut mobiliser plusieurs jours ouvrés, et rogner votre capital avec des frais non négligeables.
L’e-commerce et le règlement de services en crypto
Le second usage concerne l’adoption croissante des cryptomonnaies comme moyen de paiement pour des services en ligne. Le secteur des jeux d’argent illustre bien cette tendance, puisqu’il a intégré les cryptos depuis plusieurs années déjà. Les casinos en ligne sont des plateformes web ou mobile sur lesquelles on joue aux jeux de table (poker, blackjack) et aux machines à sous, entre autres.
Une proportion significative de ces plateformes accepte désormais les dépôts en bitcoin ou en stablecoins comme l’USDT de Tether ou l’USDC de Circle. Le joueur s’inscrit, dépose des cryptos et peut commencer à jouer en toute sécurité. Cette facilité de paiement, rapide et sans intermédiaire bancaire, explique d’ailleurs l’émergence du terme “Bitcoin Casino” pour désigner les casinos en ligne qui proposent cette option.
Les analystes s’attendent à ce que ce genre de service continue de croître en 2026, à mesure que d’autres secteurs du commerce en ligne emboîtent le pas.
L’accès à la crypto se simplifiera toujours plus pour les épargnants
Pendant longtemps, investir dans les cryptomonnaies supposait de maîtriser un certain vocabulaire technique et de manipuler des outils pas toujours évidents. Les portefeuilles numériques bien sûr, mais aussi les clés privées, les plateformes d’échange. Cette barrière à l’entrée a toujours effrayé bon nombre d’épargnants.
L’essor des ETF crypto participe à lever ces barrières. Un ETF, pour “Exchange Traded Fund”, désigne un fonds d’investissement coté en bourse. Ce fonds mobilise l’argent sous gestion pour acheter un panier d’actifs. Dans le cas d’un ETF Bitcoin, l’argent sert à acheter des BTC sonnants et trébuchants.
C’est donc un produit financier intuitif et prudent pour s’exposer au bitcoin, aussi simplement qu’en achetant une action ordinaire via son compte-titres habituel. Chose intéressante, on a des ETF Ethereum et ETF Solana, et bientôt des ETF Ripple, Dogecoin aussi.
Pour remettre un peu de contexte, c’est en janvier 2024 que les autorités américaines ont donné leur feu vert aux premiers ETF Bitcoin. Ceux adossés à l’ethereum ont suivi en juillet 2024, puis ceux sur le solana fin 2025.
Ce qui pourrait évoluer en 2026, selon les analystes de Bitwise, c’est l’ampleur du mouvement. Ils anticipent le lancement de plus d’une centaine de nouveaux ETF liés aux cryptomonnaies sur le marché américain !
Fait notable : les grandes banques comme Morgan Stanley ou Merrill Lynch commencent à intégrer ces produits dans l’offre destinée à leurs clients particuliers. En Europe, des véhicules similaires existent déjà, bien que leur adoption demeure plus discrète.
Un autre signal mérite d’être relevé. Plusieurs universités américaines de premier plan, dont Harvard et Brown, ont commencé à placer une fraction de leurs fonds de dotation en ETF crypto. Ces institutions, réputées pour leur gestion prudente et ultra-analytique, contribuent à asseoir la crédibilité de cette classe d’actifs auprès des investisseurs traditionnels.
La tokenisation des actifs progressera… mais restera encore marginale
La tokenisation consiste à représenter un actif tangible, qu’il s’agisse d’un bien immobilier, d’une obligation ou d’une œuvre d’art, sous forme de jeton numérique inscrit sur une blockchain.
L’intérêt principal de ce procédé réside dans la possibilité de fractionner la propriété. En clair, un investisseur est en mesure d’acquérir une part d’un immeuble de bureaux pour quelques centaines d’euros. Pratique, puisque l’immobilier classique requiert généralement une mise de fonds bien plus conséquente pour acheter de la pierre.
Fin 2025, le marché mondial des actifs tokenisés pèse environ 36 milliards de dollars. Certains analystes, notamment chez Hashdex, entrevoient une multiplication par dix de ce montant d’ici la fin de l’année prochaine !
À un horizon plus lointain, on parle d’un potentiel de près de 18 000 milliards d’euros, ce qui est assez phénoménal. Et cette projection s’appuie sur l’engagement croissant de poids lourds de la finance :
- BlackRock et Franklin Templeton ont en effet lancé des fonds obligataires fonctionnant sur blockchain. Celui de BlackRock, baptisé BUIDL, est déjà acheté par une variété surprenante d’acteurs.
- Le groupe industriel allemand Siemens a, de son côté, émis une obligation sous forme tokenisée. Il a réussi à écouler sans accrocs plus de 60 millions d’euros en titres auprès des souscripteurs avec l’aide de la banque JPMorgan. Opération qu’elle renouvela quelques semaines plus tard, cette fois avec… 300 millions d’euros.
Ces perspectives appellent néanmoins quelques réserves. Le cadre juridique de la tokenisation demeure en chantier dans la plupart des juridictions. La reconnaissance légale des titres tokenisés, la protection effective des investisseurs et l’interopérabilité entre blockchains, etc.
Tout cela doit encore être bétonné par les régulateurs, qui n’ont pas encore apporté de réponses définitives. Le règlement européen MiCA, pleinement applicable depuis fin 2024, pose des jalons importants, mais ne couvre pas l’ensemble des situations.
L’intelligence artificielle, une piste encore incertaine
La dernière tendance repérée par les analystes concerne la convergence naissante entre intelligence artificielle et blockchain. Le raisonnement tient en quelques étapes. Les agents IA, ces programmes autonomes capables d’exécuter des tâches sans intervention humaine, se multiplient :
- Pour gérer les réseaux sociaux,
- Produire du code,
- Gérer une bibliothèque de fichiers,
- Faire de la gestion de portefeuille,
- Créer des simulations financières avec Excel,
- Etc.
Les usages sont de plus en plus variés et sophistiqués.
Mais pour fonctionner pleinement, ils pourraient avoir besoin de régler des services : l’accès à des jeux de données, la location de puissance de calcul, l’interrogation d’autres agents, etc. Or, un programme informatique ne peut pas, en l’état, ouvrir de compte bancaire…
D’où l’idée, explorée par certains développeurs, de doter ces agents de portefeuilles crypto leur permettant de “transacter” entre eux de façon automatique. La blockchain deviendrait alors une sorte d’infrastructure financière dédiée aux machines.
Hashdex estime que ce marché, encore balbutiant, pourrait atteindre 10 milliards de dollars en 2026. Vous l’aurez compris, cette projection est la plus spéculative parmi les quatre tendances évoquées.
Elle repose sur des hypothèses techniques qui ne se sont pas encore vérifiées à grande échelle. Reste qu’elle illustre bien la façon dont deux mutations technologiques majeures pourraient, à l’avenir, converger.
